Arrigo Ier Colonna dit Arrigo il Bel Messere
"U contu Arrigu hè mortu, è à Corsica sarà di male in peghju"
Qui était Arrigo ?
Arrigo. Il est le fils aîné de Guido Colonna. Il est élu comte de Corse, succédant ainsi à son père. Il épouse Ginevra Torquati, issue d’une noble famille romaine, et ensemble ils ont une fille, Bianca, et sept fils. Surnommé « il Bel Messere » en raison de sa beauté remarquable, plus bel homme au monde qu'on puisse trouver en son temps, de grande taille, la peau et le visage clairs et bien colorés, c'est membre bien proportionné à sa stature, son regard très beau. La grâce de son parler était extrême, il était d'une grande courtoisie dans ses actions, généreux, bienveillant, et par-dessus tout très juste et sévère avec les barons et les officiers qui gouvernaient et administraient la justice en Corse. Arrigo est apprécié par le peuple comme un père pour sa justice et sa gouvernance éclairée et détesté par les puissants.
Le bon guvernu d'Arrigo
Il est notamment reconnu pour avoir aboli la " dîme des enfants" imposée par Rome, une taxe injuste sur les naissances. Pour ce faire, il envoie l’évêque d’Aléria auprès du Saint-Siège, et le pape abroge la loi, dénonçant l’avarice des officiers de la cour romaine.
Arrigo se donne pour mission, une fois par an, de faire le tour de l’île et de passer dans les villages et villes afin d’y recevoir ceux qui n’avaient pas les moyens de venir à sa cour de Corte, soit ceux qui n’étaient pas en capacité physique de s’y rendre.
A storia
En mai de l’an 1000, Arrigo il Bel Messere, âgé de quarante ans, entouré de ses plus fidèles serviteurs et de ses sept fils, se rendit chez ses cousins di Cinarca. Il souhaitait y passer du temps et profiter de son passe-temps favori : la chasse, mais aussi se reposer un peu de ses lourdes responsabilités.
Un soir, le comte Forte di Cinarca découvrit le moment opportun pour agir. Les Tralaventacci, descendants d’Arguti, lieutenant d’Ugo Colonna, occupaient depuis quatre générations la vallée de cavru. Ugo Colonna leur avait pourtant interdit de fortifier cette éminence rocheuse, car elle appartenait au comté di Cinarca.
Arrigo, estimant que cette affaire était de la plus haute importance, décida d’agir au petit matin. Il envoya une lettre aux Tralaventacci afin de convenir d’un jour pour discuter et régler le problème sans débordements comme a sont habitude.
Le jour venu, Arrigo se rendit a Foce d'Aregnu avec ses sept fils et une légère garde rapprochée, accompagné du comte Forte di Cinarca. Une fois sur place, il entama une discussion avec l’un des chefs des Tralaventacci.
Soudain, une embuscade éclata. Un Sarde, posté à proximité, lança sa lance et transperça Arrigo en plein cœur, qui mourut sur le coup. Seul le comte Forte di Cinarca réagit : il enjambe sa monture, se rue sur le Sarde qui tentait de fuir, et le tue d’un coup de lance précis. Puis, brandissant son épée devant l’assemblée des Tralaventacci, il cria : " e viva u conte Arrigo ! " avant de prendre la fuite.
Les sept fils d’Arrigo furent alors abandonnés et tombèrent entre les mains des Tralaventacci. Ces derniers les emmenèrent au bord du Prunelli, sous un pont, et les noyèrent un par un comme des poulets. Depuis ce tragique événement, le pont est connu sous le nom de "U ponte di sette poli ".
A vindetta
La comtesse Ginevra, au palais de Poggio, avec sa fille Bianca, apprend la mort de son mari et de ses sept fils. Trois jours de deuil sont alors déclarés dans toute la Corse. Elle envoie une lettre à tous les seigneurs de l’île dans laquelle elle réclame vengeance pour cette trahison. S’y joignent à elle : le baron du Déca des Monts, Pinasca de Balagna, Amondasci de la vallée du Golo, Coasinasca des plaines orientales, Forte di Cinarca et son fils Antone, les Orlandinacci de Vico, les Biancolacci de Carbini et les Ramondasci d’Ornano.
Pour venir à bout des Tralaventacci, ils élaborent une ruse. Au moment du siège, ils simulent un combat entre deux clans apparemment rivaux. Les Coasinasca, qui avaient prétendu se rebeller contre la comtesse, sont invités par les Tralaventacci dans la forteresse. Là, ils se mettent à tuer tous les Tralaventacci. Les femmes et les enfants sont capturés et brûlés en même temps que la forteresse.
La colère des loyaux tomba sur les traîtres, et la vengeance d’Arrigo s’éleva comme un vent de feu sur la Corse.
Giovanni della Grossa notaire et chroniqueur corse du XVe siècle est le premier à avoir transmis l’histoire d’Arrigo Il Bel Messere, contribuant à la construction de sa légende et à la mémoire de son héritage à travers les siècles.
Voici quelques photos prises par Lisandru Colonna d'Istria.